Obsessions Impulsions Ruminations

Information sur les tocs de type phobies d'impulsion & les ruminations


Quel est ce mal ?

Contenu de la page

* Qu'est ce que le TOC ?

* Qu'est ce que la phobie d'impulsion ?

* Etude sur le mécanisme de la peur

* Analyse des mécanismes propres aux ruminations et à la phobie d'impulsion

* Les causes présumées du TOC


Qu'est ce que le TOC ?

Le trouble obsessif-compulsif se caractérise par la présence d'obsessions, c'est à dire par des pensées indésirables et persistantes que l'individu n'arrive pas à chasser de son esprit et qui entraînent de l'anxiété.

Les obsessions conduisent fréquemment au développement de compulsions, c'est à dire à des comportements répétitifs ou à des actes mentaux que l'individu se sent poussé à accomplir et qui souvent soulage l'anxiété.

Les obsessions et les compulsions sont à l'origine de sentiments marqués de détresse, d'une perte de temps considérable (plus d'une heure par jour) et interfère de façon significative avec les activités habituelles de la personne.

Environ 2,5% de la population souffre de ce trouble. Il apparaît généralement à la fin de l'adolescence ou au début de l'âge adulte et il est aussi fréquent chez les hommes que chez les femmes.

Qu'est ce que la phobie d'impulsion ?

La phobie d’impulsion désigne la crainte d’avoir une impulsion, suicidaire ou homicide. Je dirais qu’elle peut prendre des formes variées : peur de hurler, de casser des fenêtres, de violer, de frapper… Comme s’il s’agissait pour le sujet de la crainte de commettre un acte répréhensible et contraire à ses valeurs.

Concrètement, certains phobiques ont peur de se suicider malgré eux, par exemple en se défenestrant ou en se plantant une lame dans le corps.

Que penseraient-ils du doux nom d'autocheirothanatophobes ? Certaines mères craignent de tuer leur bébé, leur mari, certains maris craignent d'être pris de l'impulsion irrésistible de tuer leur femme.

D'autres encore ont peur de s'en prendre à n'importe qui, tels certains coiffeurs pour hommes pour qui la phobie d'impulsion est une véritable entrave à leur épanouissement professionnel : il s'agit là de la peur d'être pris de l'impulsion irrésistible d'égorger leur client à défaut de le raser.

Il est important de rappeler que les cas de passage à l’acte sont rarissimes, personnellement, je n’ai pas eu vent d’un seul passage à l’acte d’un sujet souffrant exclusivement de phobie d’impulsion. Il convient donc de souligner une nouvelle fois que les cas de passages à l’acte sont très rares.

Afin de décrire la phobie d’impulsion, nous pouvons nous référer à une comparaison :   tout le monde, à un moment de sa vie, s’est senti happé par le vide en se promenant près d’une falaise ou au sommet d’un immeuble, ce ressenti est singulier et passager. Néanmoins, l’analogie avec la phobie d’impulsion ne me parait pas erronée : le sujet en proie à ce type de phobies ressent comme une peur d’avoir l’envie de faire ce qu’il redoute, comme s’il allait passer à l’acte malgré lui.

Il convient de rappeler que la phobie d’impulsion est intégrée au trouble obsessionnel compulsif, selon certains auteurs, il s’agirait  d’une aggravation de la névrose phobique qui se mute en névrose obsessionnelle.

Il me semble cohérent d’appliquer le lâcher prise , parmi d’autres techniques, dans un cas de phobie d’impulsion : le sujet en proie à la peur de tuer, par exemple, peut être amené à tenter de se raisonner ; dès lors il va tout faire pour se prouver par a+b qu’il n’est pas un monstre ou un fou, de ce fait, il me semble qu’il entretient l’idée d’un danger potentiel. Cette hypothèse n’engage que moi et il convient de se renseigner auprès d’un thérapeute.

Nous verrons qu’il existe certains outils pour lutter contre la phobie d’impulsion dans le cadre de la thérapie cognitive et comportementale, ne serait-ce que le flooding ou l’exposition avec objets tranchants à réaliser dans le cabinet d’un professionnel.

Quoi qu’il en soit, le diagnostic de phobie d’impulsion et les différentes voies thérapeutiques exposées ci-dessus sont du ressort d’un spécialiste de la santé mentale : psychiatre ou psychologue clinicien.

Etude sur le mécanisme de la peur

    Le trouble obsessionnel compulsif est classé parmi les troubles anxieux dans le cadre du DSM. L’anxiété est un paramètre substantiel, inhérent au TOC. Dès lors, comment gérer ces angoisses ? Comment fonctionnent-elles ?

-         J’aimerais introduire par la notion de mal être, laquelle convient davantage selon moi : en fonction  de la fluctuation du trouble et son évolution, notamment en comportementale, la notion de mal être semble plus appropriée au TOC.

 -         Nous avons tous ressenti ce mal être propre au TOC, cette gêne qui parcoure les membres jusqu’à les raidir parfois, jusqu’à l’angoisse explosive. Ce mal être ou cette angoisse ne sont que des leurres au service du trouble ; il faut bien comprendre que la peur est déréglée chez le toqué, à l’image d’une alarme qui sonnerait sans danger potentiel… Certains se réfèreront à l’amygdale, d’autres au cerveau reptilien, siège de nos sensations les plus primitives. La peur a une fonction naturelle et s’avère très utile : imaginez-vous face à un tigre dans la jungle, si la peur ne vous alerte pas, vous risquez votre vie ! Même cas de figure en voiture où nos réflexes sont décuplés lorsqu’un danger est imminent.   Malgré tout, cette fonction primaire peut s’avérer invalidante lorsqu’elle n’est pas utile, c’est le cas dans le cadre du TOC. Cette partie ne peut que vous convaincre de la vanité des craintes obsessionnelles, référez-vous en permanence à cette alarme déréglée qui hurlerait dans une maison vide, sans qu’aucun voleur ne rôde.

 -         La peur, l’angoisse ou le mal être sont entretenus par les compulsions ou ruminations, le TOC s’alimente de cette peur pour vous induire davantage en erreur. Ainsi, en ruminant vous donnez de la matière au toc qui s’en nourrit. il est nécessaire de comprendre que ce n’est pas l’idée incriminée qui est source de peur ; fondamentalement,  la peur ou le mal être sont indépendants de cette pensée obsédante ! La peur ou le mal être vous induisent en erreur dans la mesure où vous êtes persuadés que cette pensée obsédante est légitime… le toc tente de la légitimer par la peur qu’il invoque chez vous. En lâchant prise, vous vous rendrez compte que la pensée obsédante se décharge petit à petit de son affect, du mal être qui lui est associé à priori.

 -         Le mal être est aussi un indicateur pour vous : lorsqu’une pensée se charge d’angoisse ou de mal être, il convient de demeurer silencieux intérieurement ; laissez passer cette pensée comme un nuage dans le ciel, restez observateurs de cette pensée sans la réprimer, la chasser ou la juger.

  -         Enfin, il convient de rappeler les principes fondamentaux de la TCC en ce qui concerne le mécanisme de l’angoisse :

1 – Au fur et à mesure des exercices, l’angoisse sera de moins en moins longue.

2 – Au fur et à mesure, l’angoisse sera de moins en moins intense.

3 – L’angoisse finit toujours par retomber. 

Je rajouterais un dernier point qui me parait fondamental : le cerveau ne peut jongler qu’avec un nombre limité d’informations, lorsque les pensées obsédantes s’amassent, il les rejette. Ainsi, les conséquences du lâcher prise ne seront nullement la démence ou la crise cardiaque dans la mesure où le cerveau réalise un écrémage naturel.

Analyse des mécanismes propres aux ruminations et aux phobies d'impulsion

La rumination, une compulsion comme les autres  

Les deux composantes du trouble obsessionnel compulsif sont l'obsession et la compulsion.
Le terme de compulsion vient du latin « compulsare » qui signifie « contraindre »

 Voici la définition du docteur Sauteraud, spécialiste des troubles obsessionnels compulsifs :
« La compulsion (ou le rituel) est un acte qui est destiné à  chasser l'obsession et à  apaiser l'anxiété qu'elle provoque »

Selon ce même auteur, la compulsion est :

 - Un acte que l’on est obligé d’accomplir
 - Un acte qui apaise momentanément
 - Un acte stéréotypé
 - Un acte répétitif
 - Ce n’est pas un trait de personnalité

Dans la rumination ou dans le cadre de la phobie d'impulsion, le sujet se sent contraint de ruminer pour apaiser l'anxiété générée par l'obsession.
D'autre part, la rumination n'apaise que momentanément, elle induit des pensées répétitives et stéréotypées, et enfin, elle n'est pas un trait de personnalité.
Tous les critères sont donc réunis pour que cette  «  manière de penser » bénéficie de la dénomination « compulsion», mis à  part qu'elle ne constitue pas un acte au sens strict du terme. Néanmoins, en psychologie, portent le nom d'actes mentaux, les opérations intellectuelles. Il nous semblait donc pertinent de concevoir la rumination comme une compulsion à  part entière, et au-delà  de l'aspect purement formel de la chose, il en va du traitement, car la thérapie comportementale a pour objet de bannir la compulsion afin que s'opère l'exposition directe à  l'obsession.
Ainsi, dans le cadre de la rumination,  le processus d'habituation a toutes les chances de s'enclencher lors d'une exposition caractérisée par l'absence de réponse ritualisée.


La métaphore du château de cartes : la rumination en cause

Le ruminateur est un producteur de cartes, la finalité étant d’ériger un château qui s’inscrit dans la perfection, voici comment il pose les fondations : les cartes symbolisent les compulsions. Plus le toc est alimenté, plus il aura faim; plus nous compulsons ou ruminons, plus le sentiment de détresse s’amplifiera; plus nous  tendons à la perfection, plus l'incertitude nous immergera et plus l'impression de perfectibilité sera présente.
Le ruminateur tend, par le biais de la  rumination, à se prouver que son obsession n'est pas fondée; ainsi, il pose des cartes qu'il estime rationnelles mais qui sont imprégnées de la logique obsessionnelle.
Dès lors, à chaque carte posée, il accrédite et facilite l'hypothèse d'un danger imminent en pensant que ses cartes consolident le château. L'inexorable finalité de cette œuvre cartonnée, c'est son effondrement manifeste, car le « tocé » pense toujours que sa carte est l'ultime.
Malheureusement, il n'existe pas de carte maîtresse, elles se succèdent et le souffrant en oublie le fondement: l'amas de cartes ne pourvoit qu’à l'écroulement de l'édifice. 
 

 Qu’est-ce qu’une pensée intrusive ?

 Les pensées intrusives sont des stimuli internes fréquents chez les sujets dits « normaux », elles sont involontaires et parfois bien saugrenues, par exemple en parlant d’un automobiliste qui nous  klaxonne : « et si je le frappais ? » Cette question reste à l’état embryonnaire chez la plupart des gens, ils n’y prêtent pas attention et s’en amusent parfois.
 Pour le sujet souffrant de trouble obsessionnel compulsif, et a fortiori de ruminations, ces pensées sont perçues comme une agression, elles sont appréciées négativement par le sujet qui tente de les repousser par des pensées neutralisantes.
Selon certaines études, tout le monde aurait des pensées intrusives, la différence chez le sujet souffrant de trouble obsessionnel compulsif se caractérise par l'existence d'un rapport à la culpabilité bien singulier et par la présence de postulats de dangers irréels, enfin, les sujets atteins du trouble subiraient plus de pensées intrusives que les autres.

 La pensée automatique

La personne qui présente des ruminations va interpréter négativement la pensée intrusive, cela se traduit par des pensées automatiques.
Reprenons l’exemple cité ci-dessus, la pensée intrusive se résume  à : « et si je le frappais ? »
La pensée automatique se traduira de la façon suivante pour le  ruminateur : « Mais c’est malsain de penser de cette manière, c’est comme si je le frappais »
 À ce moment-là, le sujet est en proie à un profond malaise et l’angoisse évolue crescendo.
 Ces pensées automatiques résultent de schémas cognitifs de culpabilité et de responsabilité.
Les ruminateurs ont instauré un système singulier d’appréhension et d’interprétation du monde, Jean Cottraux compare cela à  «une philosophie de la vie particulière » dans son ouvrage « Les ennemis intérieurs »
 

 La pensée neutralisante


À ce stade, le souffrant va tout mettre en œuvre pour se débarrasser de l’obsession, et de véritables stratégies d’évitement vont être élaborées en vue de rétablir l’ordre interne.
Reprenons l’exemple de notre automobiliste : le ruminateur a interprété négativement la pensée intrusive, dès lors, il va tout mettre en œuvre pour se prouver qu’il n’est pas ce malfrat supposé, lequel serait susceptible de cogner sans raison légitime.
Une cascade de pensées va émerger et celles-ci vont s’insérer dans une pure stratégie de réassurance : « Mais ai-je vraiment envie de le frapper ? »   « Pourquoi n’aurait-on pas le droit de cogner les gens après-tout ? »  « Mais je suis un monstre de penser ça ! »  « Il ne m’a rien fait ce pauvre gars,  pourquoi je me pose ces questions si je ne veux vraiment pas le battre ? »  « Je deviens fou ou quoi ? »
La pensée neutralisante a cette force d’être l’alliée du doute, le doute qui se nourrit de tout.
En réalité cette cascade de pensées n’a pas lieu d’être : le sujet confond pensée et passage à l’acte, de plus, le doute affecte son entendement.
La normalité s’inscrit dans la présomption et non dans la certitude, la présomption que ce que nous faisons est juste et légitime  la certitude n’est qu’un concept chimérique, comme une carotte tendue au ruminateur qui progresse dans l’illusion de maîtriser sa trajectoire.
 Ces pensées neutralisantes ont pour objet de pourvoir à la paix intérieure, malheureusement leurs réelles actions sont néfastes à long terme : elles agissent comme des compulsions, c’est-à-dire que dans le meilleur des cas, elles soulagent le souffrant à court terme, mais qu’elles maintiennent le trouble dans la durée.
De plus, la rumination n’est qu’une stratégie médiocre car elle n’engendre bien souvent que de la souffrance.


Le cas de la phobie d’impulsion


La phobie d’impulsion, malgré sa dénomination, est une manifestation du trouble obsessionnel compulsif, son caractère anxiogène et  singulier lui confère son titre de phobie. Certaines personnes sont assaillies par des peurs extrêmement invalidantes qui conduisent à des évitements massifs.
L’impulsivité est parfois définie comme « l’incapacité à différer quelles qu’en soit les conséquences, un comportement dont on attend une expérience immédiate de plaisir. »
Dans le cadre des phobies d’impulsion, le souffrant peut avoir peur de devenir pédophile, de tuer ses proches, d’être un tueur en série, de crier des obscénités, de casser des objets… Le caractère antisocial de la peur est omniprésent et le sujet s’évertue à lutter par la pensée contre ces angoisses.
Rappelons qu’une fois le patient examiné, le diagnostique de phobie d’impulsion exclut tout passage à l’acte : aucun cas de passage à l’acte n’a été recensé.
Ces peurs consistent donc en « la crainte obsédante de commettre, brutalement, sans pouvoir le contrôler, un  acte, contraire à ses convictions, ses valeurs, ses sentiments : pour une maman, jeter son bébé par la fenêtre, par terre  poignarder un proche avec un couteau de cuisine aperçu dans le tiroir  insulter quelqu'un qui ne le mérite pas, et que l’on aime ou respecte… »

Définition du docteur Christophe André, médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris.

La phobie d’impulsion se nourrit des impressions paradoxales, les pensées de meurtre ou d’agression sont bien souvent orientées vers les êtres chers : quoi de plus immonde que de jeter son enfant par la fenêtre pour une jeune mère ou de poignarder son conjoint dans le dos ? Ces pensées, nous l’aurons compris sont une source de grand désarroi et la dépression n’est jamais très loin.
 Ces craintes peuvent conduire à des évitements impressionnants comme s’enfermer dans sa chambre en confiant la clef à un proche pour « s’empêcher de nuire » ou encore se tenir à bonne distance des couteaux de cuisine.
 D’autre part, la rumination fait souvent partie du lot et les pensées automatiques et neutralisantes y sont souvent associées : « Si j’ai cette petite impulsion c’est que je vais passer à l’acte ! »  « Mais non je l’aime, je l’ai toujours aimé, je ne suis pas capable de faire ça ! Réfléchissons, je ne suis pas un monstre ? Ai-je déjà eu ce type de pensées ? Je suis peut-être un tueur en puissance ! »
 L’évitement et les pensées neutralisantes, comme nous l’avons vu pour  les ruminations, sont des stratégies de réassurances invalidantes et néfastes à long terme : en effet, l’évitement de la situation redoutée (par exemple éviter d’être en présence de son enfant dans la cuisine car il y a des couteaux)  renforce l’idée que potentiellement vous êtes susceptibles de passer à l’acte.
 

Petite réflexion et porte de sortie


Imaginons que le mécanisme obsessionnel (que notre manière d'interpréter les pensées intrusives) s'universalise: le simple fait
de poser une jambe devant l'autre serait une entreprise bien laborieuse, si ce n'est impossible.
En effet, à chaque pas, nous mettons potentiellement la vie d'une fourmi en jeu. Qui peut nous assurer à 100% qu'il n'y a pas d'insecte sous notre pied à un moment donné? Personne...
C'est ainsi que naît le doute obsédant, la rumination, les phobies d'impulsion et toutes les catégories de toc.
Pour ceux qui souffrent de toc et qui lisent ce message, cette constatation  apparaît certainement ridicule et non fondée; pourtant, elle n'en demeure pas moins légitime que toutes vos obsessions, la seule différence entre l'histoire de la fourmi et votre obsession, c'est l'émotion qui est produite par telle ou telle pensée. 
Ainsi, si vous appliquiez ce mécanisme de croyances pour toutes vos idées, le monde ne tournerait plus, vous n'existeriez plus.
Le doute, le danger pesé et "modéré", et notre réalité quotidienne sont intrinsèquement liés; nous sommes réglés pour vivre et non pour ruminer dès lors, la compulsion et la rumination vont à contresens de notre nature profonde.
La compulsion voue le sujet à la douleur obsessionnelle, il en est ainsi, et pourvoir à un autre dessein que celui d'éradiquer les précautions excessives est stérile.
Notre corps fonctionne en amont de l'esprit pour ce qui est de l'appréhension même des pensées et du danger, ainsi, naturellement et sans réfléchir, nous considérons une idée comme étant en accord avec nous-même; si cette harmonie est brisée, le mécanisme obsessionnel se met en branle.
Il va donc sans dire que le meilleur remède est celui d'être à l'écoute et en silence.
C’est ce que nous appellerons le « lâcher-prise », une méthode qui fait partie intégrante de la thérapie cognitive et comportementale, mais que nous avons peaufinée (en nous fondant sur nos propres expériences) afin qu’elle soit fonctionnelle pour les sujets qui souffrent de ruminations et de phobies d’impulsion.

Les causes présumées du TOC

Les causes du trouble obsessionnel compulsif ne peuvent qu’être présumées dans la mesure où elles demeurent inconnues.

 

La théorie neurochimique

 

Ce modèle met l’accent sur le dysfonctionnement d’un neuromédiateur : la sérotonine.

Le circuit neuronal utilisant la sérotonine pour transmettre l’information apparait comme fonctionnant au ralenti dans le cadre du trouble obsessionnel compulsif. La transmission de l’information entre les neurones serait donc perturbée.

Cette théorie se fonde essentiellement sur les bienfaits d’un type d’antidépresseurs : les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine qui ont pour effet d’augmenter la sérotonine dans la synapse (jonction entre deux neurones) La dopamine, un autre neuromédiateur, est à  l’étude.

D’autre part, il a pu être émis un constat : l’imagerie fonctionnelle cérébrale semble incriminer des zones particulières du cerveau dans le cadre du toc, celles-ci sont riches en connexions synaptiques impliquant la sérotonine. Au niveau du cortex orbito-frontal et cingulaire, et du noyau caudé, auraient été constaté des différences de fonctionnement entre le sujet « normal » et le souffrant.

Reste à savoir si ces manifestations ne constituent pas le reflet de la lutte obsessionnelle plutôt qu’un réel dysfonctionnement.

La génétique pourrait aussi jouer un rôle dans l’apparition de la pathologie  une étude portant sur des jumeaux homozygotes  a été réalisée : elle indique que 60% des jumeaux de sujet souffrant de toc présentent eux aussi le trouble.

 

La théorie comportementale

 

 Cette théorie se fonde sur le postulat suivant : le maintien des symptômes s’explique par un mécanisme d’apprentissage. La cause du toc est inconnue, il s’agit donc de s’attaquer aux symptômes. Les stratégies de réassurance du sujet (évitement, rituel) ne pourvoient qu’au maintien du trouble dans la durée, et si ces stratégies ont été apprises, il est évident qu’elles peuvent être désapprises.  Les compulsions ne servent que la compulsion dans la mesure oùelles renforcent leur assise dans le champ de conscience : même si elles peuvent soulager à  très court terme, elles renforcent les rituels.

D’autre part, la compulsion empêche la confrontation du sujet aux obsessions, ainsi, le rituel fait barrage à  l’habituation à  l’obsession.

  

La théorie cognitive

 

Il s’agit ici de comprendre que le thème obsédant est en lui-même un phénomène banal. Il y aurait un retentissement anormal du thème obsédant chez le sujet en prise au toc.

 Deux mécanismes expliqueraient ce retentissement et le développement du trouble :

 1  L’anxiété excessive face au thème obsédant banal

 2  Le sujet ne croit pas que la pensée obsédante est banale.

Des schémas de responsabilité et de culpabilité seraient à  l’origine de ces deux mécanismes (voir traitements)

 

La théorie psychanalytique : un modèle peu convaincant

 

La première description française de l’obsession apparaît dans « Le traité des scrupules » qui fut écrit par un prêtre janséniste. Ce prêtre, nommé Duguet définit le scrupule comme « un doute en matière de morale, qui n’est pas fondé ou qui l’est très légèrement. »Le terme « obsession » est issu « Des obsessions pathologiques », un article de Luys paru en 1883.Les obsessions, qui n’étaient pas définies comme telles ont revêtu différents noms au cours des siècles : « folie de compulsion » (Kraepelin), névrose de contrainte (Westphal, psychiatre allemand), « délire du toucher » (Legrand Du Saulle), « folie du doute » (Falret), « monomanies raisonnantes » (Esquirol)…

Certains auteurs parlent de névrose anankastique (ananké : destin en grec) et l’expression de personnalité anankastique apparaît dans la classification de l’organisation mondiale de la santé.
En 1908, Janet assigne à la psychasthénie un rôle central dans les obsessions. La psychasthénie s’assimile à une carence d’énergie mentale, dans la personnalité psychasthénique, la fonction du réel paraît diminuée, et cela peut entraver les décisions, la résolution ou encore la croyance et l’attention.
La névrose obsessionnelle doit son nom à Freud qui définit celle-ci par une personnalité obsessionnelle associée à des symptômes obsessionnels.
Pour Freud, l’obsessionnel lutterait contre des tendances sadiques refoulées, il serait en proie à  une lutte entre la résurgence de pulsions sexuelles et un surmoi cruel qui les lui interdit.
Le conflit amour-haine s’exprimerait par des doutes incessants, des ruminations, des scrupules et une inhibition de l’action.
Les mécanismes de défense se mettraient dès-lors en place et auraient pour origine un trouble de la personnalité sous-jacent qui prendrait ses racines dans l’enfance.
Malheureusement, comme nous le suggère le docteur Cottraux : « la très grande finesse des interprétations psychanalytiques ignore l’ornière des résultats»  par ailleurs, les allégations issues de la psychanalyse n’ont jamais été validées par des méthodes scientifiques. Les observations servant de fondement aux interprétations freudiennes ont été effectuées à  partir d’un panel de souffrants très restreint, et cette démarche ne peut que nous renvoyer à  un certain obscurantisme.

Pour Freud, l’obsédé est en proie aux sollicitations libidinales du complexe d’Œdipe, et l’organisation de la libido est si faible que le Moi se défend en régressant à la phase sadique-anale.
L’érotisme anal engendrerait une obstination et un entêtement chez le sujet, une difficulté à abandonner les objets, un collectionnisme, une angoisse de la séparation. De l’agressivité sadique déclencherait chez les sujets : une cruauté envers les faibles, la rébellion contre l’autorité, les injures scatologiques.
Bergeret met en garde contre la tendance à articuler le caractère obsessionnel autour de l’agressivité anale jusqu’à en oublier les mécanismes sous-jacents dont les traits obsessionnels en sont l’expression.
Selon Freud, chez le sujet obsessionnel, émergerait une lutte entre résurgence de pulsions sexuelles et un Surmoi cruel qui les interdit. Dans « L’homme aux rats », Freud décrit une ambivalence des sentiments chez le sujet, ambivalence des sentiments d’amour et de haine envers la même personne, ceci étant au cœur de la vie affective de l’obsédé, ce qui expliquerait le doute compulsif.
Freud définit une forme de régression dans la névrose obsessionnelle : la régression de l’acte à la pensée. « La satisfaction éprouvée en atteignant un résultat cogitatif est perçue comme une satisfaction sexuelle. »
Les mécanismes de défense chez l’obsédé serait l’annulation (le sujet s’efforce de faire en sorte que des pensées, parole ou actes ne soient pas advenus), l’isolation (il s’agit d’isoler la représentation de son affect) et la formation réactionnelle (qui désigne une attitude psychologique de sens opposé à un désir refoulé : par exemple, la pudeur s’oppose à des tendances exhibitionnistes)
Selon Klein, la névrose obsessionnelle se traduit par une certaine guérison de la psychose qu’elle recouvre. Ainsi, les symptômes obsessionnels constitueraient une tentative pour faire face aux menaces de désorganisation et de morcellement.
Enfin, selon Grunberger (1965) il existerait un éventail gigantesque de névroses obsessionnelles qui fonctionneraient comme moyen de défense contre une psychose latente.